La première figure « badass » du jeu de société : Emmeline Pankhurst

Mis à jour : il y a 6 jours


Emmeline Pankhurst : une féministe britannique du début du XX siècle


Un ou une « badass » est une personne qui sait ce qu’elle veut et qui sait l’obtenir, notamment par la force.

Cette définition sied à merveille à Emmeline Pankhurst, une féministe britannique qui fonde en 1903 le Women’s Social and Political Union (WSPU) pour revendiquer le droit de vote des femmes.

Prenant le contrepied des campagnes pacifistes, le WSPU engage des actions directes et radicales telles que :

l’occupation, la destruction des biens publics et la grève de la faim.


Le WSPU : des militantes dans la rue


Les violences policières sont si nombreuses et si récurrentes envers les militantes du WSPU, que l’organisation crée les « Amazones » pour assurer la défense de ses membres. Ce groupe est composé de trente femmes formées au bartitsu, un art martial anglais qui mêle boxe, judo et jujitsu. Il est primordial de protéger les manifestantes car c’est dans la rue que se joue la lutte. L’approche du « take it to the street » caractérise véritablement l’action du WSPU.


Quel est le lien avec les jeux de société ?


Le lien est simple : pour financer et répandre les idées du mouvement, le WSPU se lance dans la fabrication de jeux société. Alors qu’ils sont principalement à visée éducative et adressés aux classes supérieures, les jeux de société édités par les suffragettes se colorent de militantisme et dénoncent les violences policières.


Suffragetto : un jeu de plateau qui dénonce des rapports de force inégaux



Dans « Suffragetto » (1908) deux joueurs s’affrontent pour occuper le terrain. D’un côté, les suffragettes dont le but est de franchir les rangs de police afin de pénétrer dans la Chambre des communes.



De l'autre côté, les policiers dont le but est d’entrer dans le « Albert Hall », où se tient une réunion des suffragettes. Le gagnant est celui qui réussit à introduire six pions dans le bâtiment gardé par ses adversaires.


S’il faut voir derrière ce jeu de plateau, une allégorie concernant l’occupation militante du terrain, la mécanique du jeu révèle quant à elle des rapports de force inégaux entre les suffragettes, les policiers et leurs chefs. En effet, le pion « Chef policier » peut se déplacer dans toutes les directions, tandis que les pions « policier » ou « suffragette » sont limités à un déplacement oblique.

Par ailleurs, le scénario du jeu vise à légitimer l’action radicale et violente des suffragettes envers les policiers car ce sont eux qui tentent en premier lieu d’interrompre une réunion pacifiste et démocratique à « Albert Hall ».




Pank-a-Squith : un jeu de parcours qui met en lumière la réalité du combat militant

Le réalisme de la violence de la lutte se traduit également dans les illustrations de « Pank-a-Squith » (1909).


Dans ce jeu similaire au jeu de l’oie, dont le titre évoque le nom d'Emmeline Pankhurst et celui du premier ministre H.H. Asquith opposé au droit de vote des femmes, les joueurs doivent faire avancer leur pion « suffragette » jusqu’à la chambre du Parlement.

L’enjeu est d’éviter des obstacles tels que les difficultés, les préjugés et les injustices à chaque lancer de dés.


Ainsi, la case 25 reproduit l’arrestation d’Emmeline Pankhurst par la police, la case 32 illustre la célèbre prison d'Holloway où les militantes sont enfermées et dans la case 33, une suffragette emprisonnée entreprend une grève de la faim.



Panko : un jeu de cartes qui illustre la lutte pour le droit de vote des femmes


Le jeu le plus populaire reste toutefois Panko, également nommé en l’honneur d'Emmeline Pankhurst et vendu à Noël 1909.

Proche du rami, le but du jeu est de réunir 6 cartes de la même famille. Composé de 48 cartes, le jeu représente des suffragettes et des anti-suffragettes.


Une des cartes rend hommage à la militante Wallace Dunlop. Arrêtée et envoyée à la prison de Holloway pour avoir imprimé un extrait de la déclaration des droits à la Chambre des communes, elle est une des premières femmes à entreprendre une grève de la faim.

Conclusion


Si les suffragettes britanniques ont réussi à investir le champ du jeu de société, les jouets de l’époque ne les épargnent pas. Caricaturées et ridiculisées, les poupées à leur effigie se multiplient.


Toutefois, elles réussissent leur pari. En 1918, le droit de vote censitaire est accordé aux femmes britanniques à partir de l’âge de 30 ans (contre 21 ans pour les hommes).

Dix ans plus tard, en 1928, légalité en matière de vote entre les hommes et les femmes est enfin établie au Royaume-Uni.

Pour aller plus loin :


Sur l'accès au droit de vote des femmes : Un excellent article du Monde avec une carte interactive en ligne


Sur les jeux de société : Le jeu Suffragetto est téléchargeable gratuitement sur https://www.playsuffragetto.com

Sources :


Christy Thomson, « Shall We Play Panko and Vote for Women ? », Article du 8/12/3014, GU Feminist History


Angela Tate, « 3 Games That Helped The Suffragettes Win the Vote », Article du 31/05/2017, Edwardian Promenade


Toys and Games, Woman Suffrage Memorabilia


Renee Shelby (Georgia Institute of Technology), « “I Incite This Meeting to Rebellion”, Radical Feminism and Police Violence in the Early 1900s Board Game Suffragetto », Article de juillet 2019


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